Mon histoire …

Pas facile de résumer sa vie, mais comme la plume me démange, je vais quand même tenter quelque chose … Pour ce « passé », le texte a été écrit il y a deux ans pour accompagner un manuscrit en route vers un agent littéraire … sans suite. Mais deux livres signés Nina Narre existent 🙂

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Ma biographie … sera t elle un jour mon manuscrit ?

”Peut – probable”.

Puisqu’il le faut, laissez-moi vous conter ma vie. Mon œuvre. ( ?)

Je naquis le 19 septembre 1973, sans encombre, au CHU de Nantes. 
Ma sœur ainée, Karine, alors âgée 3 ans ½, était une magnifique brunette aux yeux bleus, heureuse de voir arriver une petite sœur. Mon papa accueillant et délicat. 

Ma maman, Rozen, très jeune femme brillante et exigeante, se sentit vite inapte à mener à bien cette drôle de mission qu’est la « maternité post partum », et perdit doucement le sens et le goût de la vie (faut dire que de son côté aussi, y’avait du lourd, et des suicides …). Mais battante et confiante en la médecine (elle-même alors, brillait en spécialisation anesthésiste) choisit, plutôt que d’entrainer son entourage dans sa chute, de chercher en la science, un remède à son mal. Mon père, lui aussi étudiant en médecine, et alors âgé d’à peine 28 ans (et c’est dire comme un mec n’est pas fini à cet âge), fit de son mieux pour faciliter le cheminement de son épouse en prenant soin des enfants. 

Les médecins virent en Rozen une formidable opportunité de tester les nouveaux barbituriques en vogue, et la sabotèrent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. 
Devenue littéralement accro à toutes leurs merdes, ma petite maman, guidée par son instinct de survie et un ultime espoir, décida de quitter le domicile familiale pour se faire hospitaliser en psy, pensant qu’on l’y aiderait à se sevrer. On lui infligea des traitements qui, selon ses mots retrouvés dans une lettre 40 ans plus tard, à la mort de ma grand-mère, « [seraient venus] à bout du plus robuste des chevaux ». 

Maman mourut d’une over-dose en octobre 1976, un an après avoir quitté la maison. Elle avait 27 ans. Suicide, ou non, de toutes façons, elle n’était plus maîtresse de la situation.
Je pense souvent à elle, oscillant entre tristesse, désarroi, colère … et indifférence quand je manque déjà de temps pour les vivants, alors les morts …

Notre cher papa fit de son mieux durant 20 ans pour nous accompagner, ma sœur et moi, sur le chemin qui mène à l’autonomie, la liberté et la joie. Mais un peu coincé quand même dans de vieux préceptes rouillés. Chacun fait comme il peut.
Lui même ayant achevé ses études de médecine à la fin des années 70, exerçait plutôt trop que pas assez, en libéral et en institution. 
Quant à sa spécialisation, je vous la donne en mille : Psy.

Psychiatre, psychanalyste, Pédopsy, tendance zéro chimie … on se demande bien pourquoi.

A 73 ans bientôt, il exerce toujours, et je crois pouvoir dire que ”c’est un bon”.
Un bon père aussi, chiant à l’occasion, mais top.

Après la mort de maman, ma grand-mère paternelle, que nous appellerons ”Mamie”, prit dans nos vies à Karine et à moi, une place qu’elle tient encore, 7 ans après son décès, celle de référente féminine, de figure d’attachement et de lumière dans la nuit.
J’ai compris, suffisamment tard pour ne pas lui en tenir rigueur, qu’elle avait du s’attribuer cette place très tôt, en fait dés notre naissance. 
Jugeant utile de seconder, voir évincer notre maman, qu’elle considérait peu fiable, elle contribua, bien malgré elle, mais quand même, à son naufrage.
Ainsi soit-il.

Je me souviens qu’écolière, je « crânais » à l’occasion, en disant que ma maman était morte. C’était exotique, et puis je ne trouvais pas ça grave, n’ayant aucun souvenir d’elle. 
Pas grave, mais je me souviens quand même très nettement de ce ”camarade” de classe se gaussant, fier de sa blague, me demandant en braillant dans la cours, comment ma mère avait pu creuser sa tombe alors qu’elle était morte. C’était il y a 44 ans ; je suppose que je n’étais pas si insensible au sujet, que je voulais bien le croire.

Mon papa était attentif et sensible à notre bien être physique et moral, et Mamie se chargeait d’être présente quand il ne le pouvait pas. Il travaillait beaucoup, et lorsqu’il était à la maison (un 65 m2 au 13ème étage d’un immeuble tout neuf d’un quartier tout neuf),  il lisait, lisait, lisait …

J’ai toujours vu mon père lire. En fait, il semblerait qu’il ait commencé à 5 ans pour ne plus jamais s’arrêter. Une vraie maladie. Il lit tout. Toujours au moins trois livres en cours.  Chaque mot passant dans son champ de vision est intégré à la base de données. Il a un champ de connaissances immense et éclectique ; Histoire, littérature, médecine, science, philosophie, psy, psy, psy …

Il réfléchi sans cesse, analyse, fait liens, toujours en quête de mieux comprendre l’Homme. Les livres sont ses amis. Son métier est sa passion. Partagée avec celle des chevaux.

Bizarrement, j’ai détesté lire jusqu’à mes 15 ans au moins. Peut-être même 20. Mais lui n’y voit pas de mystère. 
« Les livres devaient représenter tout le temps que tu aurais souhaité que je te consacre. »

Mon p’tit papa. Aucun problème. 
Nous allions chaque année au sport d’hiver, prenions chaque été 15 jours de vacances tous les trois, ou avec ses amis de toujours, revus pas plus tard que lundi, aux funérailles de Papy Louis (papa de papa). Mais il est vrai que le soir, après l’école, ce n’était ni papa, ni maman, mais notre nounou, jusqu’à 20h30. De la maternelle au collège.

Quant au reste des vacances, nous les passions à La Paunière, la maison de mes grands parents paternels. La maison en elle même est d’un genre exceptionnel. Haute comme 6 bourrines, entourée de vastes dépendances et plantée au milieu des marais près de la côte vendéenne, son nom apparaît encore sur certaines cartes. Mais elle n’est plus ce qu’elle fut.
A l’époque, enfin jusqu’à la retraite de Papy, c’était l’effervescence. Plusieurs dizaines de chevaux occupaient les prés et les boxes, et des centaines de vaches transitaient par la maison. 
Au meilleur des années 70, c’était 3 wagons remplis de bestiaux que Papy expédiait,  depuis la gare de Challans vers l’Italie.

Il y avait toujours à manger pour au moins 5 invités surprises. Et une dizaine de gars costauds travaillaient  pour « Fradin Frères ». Nous nous prenions un peu pour les princesses de La Paunière.
A la saison des foins, Karine et moi conduisions le tracteur, à 5 km/h, pendant que les gars balançaient à bout de bras d’un grand coup de fourche, les bottes de foin sur la remorque. 

« Tournée de rouges limonade. Et pour les p’tites filles à Louis, Orangina ! »
Mamie veillait tendrement sur nous et nous goutions une douce liberté.

Je pourrais, sans effort, étoffer le récit, 

en titrant, pourquoi pas, « du côté d’chez Louis »

Mais vous avez surement d’autres chats à fouetter

Et moi-même trois enfants à vite aller chercher 😉


Jusqu’au bac, j’ai détesté l’école. Heureusement, la musique donna très tôt du sens au mot Apprendre. 
Papa ne  me laissa pas le choix. A la rentrée de septembre 1983, j’entrai pour la première fois dans le conservatoire situé à 500 mètres de chez nous. 
J’avais opté pour l’Alto, car Aude, mon amie depuis la petite section, pratiquait cet instrument. Mais je n’avais sans doute pas manifesté assez de ferveur, n’étant alors que peu motivée à l’idée de « m’en rajouter ». Le conservatoire avait donc préféré combler l’une des nombreuses places vacantes en classe de contrebasse.
Je fréquentais la ”classe à horaires aménagés musique” (CHAM) du CM2 à la troisième. 
Et poursuivais en dehors du temps scolaire dés le lycée et jusqu’à aujourd’hui.

Les années collèges furent plutôt tranquilles, rythmées par la musique et teintées d’un niveau scolaire « moyen ». Avec 5 camarades, dont trois sont des professionnels aujourd’hui, deux d’entre eux assez renommés dans le petit monde du jazz grand ouest, nous montâmes un groupe new Orleans baptisé The Belio’s Band, du nom de notre étrange prof de musique, avant d’adopter le plus chic nom d’« Adèle H ». Nous étions alors au collège Victor Hugo.

Quelques bonnes copines, les trajets en bus, un coin planqué non loin de l’infirmerie pour fumer une cigarette en douce (si je me voyais aujourd’hui … Rrrrrrr), la fraternité entre musiciens, l’orchestre chaque mercredi, un prof de maths super qui trois années durant, enlumina mes bulletins scolaires et me sauva de l’humiliation, et une vie familiale encore à peu près harmonieuse. Mais l’adolescence commençait à faire son œuvre.


Les années lycée furent un véritable cauchemar. « Ne travaille pas – Insolente – Trop de bavardage – Ce n’est pas comme cela que vous réussirez dans la vie –  Nombreuses absences  non justifiées – Résultats insuffisants … »

L’enfer à la maison, trop de bière le week-end, l’envie que Papa ne rentre plus, des crises, et des larmes ; tellement de larmes. Mais n’est-ce pas naturel à 15 ans ?  …

En fait, contrairement à ce que mon père et tous ces professeurs pensaient, je passais des heures à tenter de faire ce que l’on attendait de moi. Mais en vain. Aussitôt lus, aussitôt oubliés. Les cours de géographie, d’histoire, de français, d’anglais … 

Depuis le collège, ce qui me sauvait, c’était les maths et la physique. Parce que là, je n’avais pas d’efforts à fournir. Ca rentrait comme dans du beurre.

Et puis mes carnets. J’en remplissais. Beaucoup, tout le temps. 
J’aimais aussi les rédactions. Mais acceptais mal d’être sanctionnée pour mon orthographe « audacieuse » (C’est ainsi que le héros de mon manuscrit ci-joint, la qualifia un jour)

Après deux secondes, deux premières S et une terminale C qui s’acheva avec 6 de moyenne au bac, en désespoir de cause, on me laissa redoubler pour la troisième fois. 
J’optai pour une terminale D mais cette fois en sachant pourquoi j’étais là : pour intégrer 10 mois plus tard dans le cercle si convoité du BTS audiovisuel de Montaigu, option Son.
De manière tout à fait inattendue, cette année là, les 17/20 devinrent mon quotidien, et les commentaires envieux de mes camarades, interpellés par tant de facilité, caressèrent fréquemment mes oreilles, qui avaient, pendant tant d’années, redouté si souvent d’être tirées.
Je présentais ma candidature dans les six BTS audiovisuels de France qui proposaient l’option Son. Et fut reçue dans trois d’entre eux. Dont celui de Montaigu. 600 candidats. 6 places. La première fut pour moi.

Je n’ai jamais oublié les derniers mots du président du jury de Villefontaine alors que je quittai la salle de l’oral : « Faites le bon choix, mademoiselle Fradin ! ».

Je peux sans trop m’avancer, dire que ma vie a réellement commencé là.

Les années à Montaigu furent merveilleuses. Nous étions la deuxième promotion. Tous passionnés, l’ambiance était festive et studieuse, et nous avions accès jour et nuit au lycée pour laisser s’exprimer notre créativité débridée, audiovisuelle, graphique, musicale …

Les trois bars sympas pouvaient, avec un peu de bonne volonté, accueillir toute cette bande de potes et les champignons hallucinogènes proliféraient aux alentours.

Lors de mon stage de deuxième année à France 3 Ile de France, je me rendis un soir, sous le conseil d’un technicien qui lui même y était allé tourner un reportage la veille, au Théâtre du Renard pour assister à un représentation de l’Orchestre de Contrebasses. Ce fut l’un des moments qui marquèrent ma vie. Je ris, pleurai, m’émerveillai, devant ces six contrebassistes virtuoses qui révélaient mon instrument comme jamais je ne l’avais vu. Je revins trois soirs de suite. Le quatrième, n’ayant plus l’agent nécessaire pour entrer, je me contentais de les attendre à la sortie, puis pris mon courage à deux mains pour aller leur parler. Le leader du groupe m’invita à intégrer sa classe au conservatoire du quatorzième à la prochaine rentrée. 
Il n’y avait donc plus de doute à avoir, Paris deviendrait ma ville à compter de septembre 1996.

J’y vécu 5 ans. Conservatoire et petits boulots d’abord, jusqu’à ce que mes compétences de preneuse de son, et les moultes démarches effectuées auprès de boites de production et de chaines de télé me permettent de vivre, et même très bien, de mon métier sous le fabuleux régime d’intermittent du spectacle. Julien partagea ces années avec moi. France 2 devint ma deuxième maison.

 J’achevais mes études de conservatoire avec un Premier prix à l’unanimité en juin 2001.  En septembre de cette même année, je rentrai à Nantes et quittais Julien dans un même élan. À cette même période, ma sœur et moi suivions une formation business à HEC, dans l’idée de concrétiser notre projet de start up pour devenir millionnaires le plus vite possible. Nous y perdîmes surtout le prix faramineux de ce miroir aux alouettes. Non sans y avoir appris beaucoup. 

France 2 continua jusqu’en 2009 d’être ma principale source de revenus.

Un soir de novembre 2003, revenant un peu nostalgique, de la fête donnée pour célébrer les 10 ans du BTS de Montaigu, je décidais d’aller faire un tour sur Meetic, histoire de voir un peu … Loin d’être au désespoir, je jouai le jeu et rempli les critères du moteur de recherche : Je feignis de rechercher un homme un peu plus âgé que moi, vivant pas trop loin, etc … 
Apparut alors le si beau visage d’Olivier, de 6 ans mon cadet, vivant à 150 km. Ce fut le coup de foudre. Nous ”chatâmes” pendant 3 mois puis je l’invitai à assister au concert que l’orchestre à cordes auquel j’appartenais donnait dans une grande salle du palais des congrès à l’occasion de la prestigieuse Folle Journée. Nous nous vîmes donc pour la première fois la veille du concert. Et ne nous quittâmes plus.
15 ans et trois fils plus tard, il est toujours mon amoureux.

Durant les deux années qui suivirent, nous nous retrouvâmes chaque week-end. Il travaillait à La Flèche. Je partageai mon temps entre mes études de professeur de contrebasse et l’orchestre à Nantes, les cours tous les quinze jours au conservatoire de Rueil Malmaison et les sessions de piges à France 2 durant chaque vacances scolaires.

J’obtins mon Diplôme d’Etat en juin 2004. En mars 2005, je m’envolais pour 4 mois à Madras, afin de voir le monde, et d’étudier une autre musique. 
Tout est raconté dans mon premier livre « Madras et moi », retranscription fidèle de mon blog, aux éditions Artisans voyageurs, signé Nina Narre, sorti en 2017, soit 12 ans après mon retour, et vendu à ce jour à probablement 120 exemplaires. Mon éditeur n’est pas vraiment à l’aise avec la communication …Mais il prend sa retraite et me propose de me rendre mes droits sur cet ouvrage et le second, sorti en novembre 2018. 

Ce voyage fut une belle aventure. Après deux mois et demi sur place, papa vint me rejoindre pour deux semaines. Puis Olivier pour le dernier mois.

Peu de temps après notre retour, nous nous mimes en quête d’une maison. 

C’est de notre petit coin de paradis, une grange en ruine devenue notre foyer, que j’écris ces lignes. 
Notre premier fils, Tao, vit le jour en octobre 2010, dans notre salle de bain. Son frère, Soni, dans cette même pièce en octobre 2012, avec une sage-femme cette fois. Tous deux furent conçus par Fiv ICSI. Mais Mali n’en eu pas besoin pour nous faire la joie de rejoindre le clan, 18 mois plus tard. Il naquît lui aussi à la maison. 
On peut supposer que c’est pour faire un pied de nez à la science, qui longtemps nous avait semblé le vecteur de notre parentalité, que je décidais de me passer d’elle pour enfanter. Je crois qu’il n’en est rien. J’ai assez tôt durant ma première grossesse, eu le désir profond de vivre mon accouchement sans artifice et l’intuition d’en être capable, parce qu’il est des moments dans la vie, qui méritent d’être vécus sans édulcorant. L’enfantement, à mes yeux, en fait partie.

Ma petite société de production audiovisuelle, Tolmes, vit quant à elle le jour en 2011. Je cessai ma collaboration avec France 2 au retour d’un tournage en Palestine pour Envoyé spécial. Nous y étions partis, Feu Gilles Jacquier et moi, témoigner des violences faites aux femmes dans ce coin du monde. Sombre arnaque. Pour ne pas trop me battre avec ce journaliste, une fois de plus, j’écrivais durant toute la mission. Ce journal de voyage est l’objet de mon second livre. Même pseudo, même collection, même performance que le premier.

Je garde toute ma reconnaissance à mon éditeur, pour m’avoir donné la chance de tenir dans mes mains, mon récit devenu livre.


Nous en sommes là. Tous les cinq, heureux ensemble, à l’ombre de nos arbres, protégés par deux chats et deux poules. Mes trois garçons ont aujourd’hui 10 ans, 8 ans et 6 ans. Tolmes grandit, elle aussi. Et écrire me manque. J’ai bien tenté de combler ce manque en sévissant sur le net*, suite à un terrible buzz. Mais parler ne vaut pas écrire.

*La Chronique de Nina Narre, en stand by depuis quelques mois …

NB : Je peux me vanter d’avoir fais 30 millions de vues en gueulant contre beaucoup de choses et notamment nos chers dirigeants et le raquette sur les routes … le buzz qui m’encouragea à poursuivre ….