Enfantement, douleur ou voyage

Elle est un axe de recherche, un sujet de réflexion, une source d’inspiration depuis la « conception » de « Faut pas pousser! ».
La première question qui se pose lorsque l’on évoque un accouchement sans péridurale, c’est :

« Mais pourquoi faire le choix de la douleur ? c’est absurde ! »

Je vais ici aborder quatre questions et tenter d’y apporter un début de réponse

  • Cette douleur a-t-elle une fonction ?
  • Cette douleur est-elle une souffrance ?
  • Cette douleur a-t-elle une source identifiable ?
  • Cette douleur est-elle une fatalité ?

3 naissances

Pour mon premier accouchement, j’ai choisi de rester chez moi parce que je n’avais pas envie qu’on me dise quoi faire, qu’on m’infantilise, que l’on me suggère que la grossesse et l’accouchement relèvent nécessairement de la pathologie et que j’avais besoin d’eux. Non, je pensais ne pas avoir besoin d’eux. Comme n’importe quelle « femelle », je sentais que mon corps et mon bébé œuvreraient de concert et que la naissance se ferait en douceur, pour peu que mon neo-cortex ne vienne pas tout gâcher avec des considérations intellectuelles qui n’avaient, j’en avais l’intuition, absolument rien à apporter dans ce dossier.
Jusqu’à la naissance de ce premier bébé, la douleur restait assez abstraite puisqu’inconnue, et je ne la redoutais pas.
C’est sans doute pour cela que je garde un merveilleux souvenir de cette naissance. A aucun moment je n’ai eu peur de la douleur. Ni peur que les choses ne se compliquent. J’ai vécu cette journée comme une parenthèse magique, au chaud dans ma bulle, avec mon chéri, discret, présent et confiant. Et une bonne amie ayant l’expérience de la naissance puisque maman de deux enfants. Deux accouchements sans péridurale. Le deuxième à la maison, sans sage-femme puisqu’elle était en voyage le jour J.
Lili était là, confiante. Mon chéri aussi. Et mon bébé en super forme.
Ce fut une naissance merveilleuse.
J’ai eu mal. Intensément.
Cette douleur reste pour moi un voyage initiatique.

Pour mon deuxième, c’est la peur de déchirer qui a teinté la naissance. Parce que l’expulsion du premier avait été … un peu brutale 🙂
Une fois la tête visible, j’ai eu peur qu’il ne se sente coincé et j’ai poussé fort, trop fort. Bilan : super déchirure. J’ai dû recourir aux mains expertes des couturières de la maternité. Super boulot !
Donc pour bébé 2, la peur de déchirer. Mais jamais la peur que les choses ne se compliquent. Finalement, une naissance facile et une éraillure.
Et pour bébé 3, peur de la douleur. Avec un début de travail à 2h00 du matin, le manque de sommeil rend la douleur plus difficile à accueillir. Elle submerge. Elle emporte tout. Les vagues, comme celles de l’océan, nous ballottent ; on n’est rien au milieu de la tempête. Puis la vague meurt et nous laisse échouée sur le sable. Avant qu’une autre arrive.

Le manque de sommeil est une chose que j’ai beaucoup de mal à accueillir. C’est une affaire personnelle. Je connais des personnes qui peuvent passer outre. Pas moi. Mon sommeil c’est sacré ! 😉

Allez, c’est cadeau : le premier épisode de la série « Laissez-moi être une lionne », récit d’une création théâtrale signée Aurélie Groleau, ou Lili, ma « Doula » pour mon premier accouchement. La série n’est pas terminée… mais si vous m’y encouragez … voir ICI


Fonction de la douleur ?

Selon l’article « Douleur » de Wikipedia:

« La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en termes d’une telle lésion »

Le rôle de la douleur en général

La douleur joue un rôle essentiel : celui de messager pour que celui qui la ressent sache quelque chose ne va pas et fasse le nécessaire pour résoudre le problème.

Il arrive que le circuit de transmission de la douleur soit endommagé et que l’information ne circule pas normalement. Deux conséquences possibles :

  • Malgré une lésion, la victime ne ressent pas de douleur. Je pense à quelqu’un que j’ai connu et dont les fibres nerveuses de la main étaient endommagées. Un jour, discutant dans la cuisine d’un ami, il s’était appuyé à un meuble et avait posé sa main derrière lui, sur une plaque encore chaude. C’est son nez qui a donné l’alarme.. Ne pas ressentir de douleur peut avoir des effets catastrophiques.
  • En ressentir sans raisons – c’est la le deuxième dysfonctionnement possible – tout aussi terrible. Les douleurs chroniques, conséquence d’erreur d’aiguillage dans le système nerveux, rendent la vie bien difficile.

Nous devons donc nous réjouir de n’être ni dans un cas ni dans l’autre, et de ressentir la douleur juste quand il faut.

La douleur de l’enfantement

Mais quid de la douleur de l’enfantement ? Elle n’a aucune fonction déterminante, ne donne en général aucune indication quant à une possible complication : placenta praevia, procidence du cordon, risque d’hémorragie. Alors ?

Oui, pour moi, la douleur a été présente à chaque fois. Et la peur est venue l’amplifier. Et au fil de mes années de grossesse et d’allaitement, et jusqu’à aujourd’hui, j’ai cherché à comprendre pourquoi ? Pourquoi enfanter n’est-il pas plus facile ? Et pourquoi faire le choix de cette douleur alors qu’il existe une solution pour l’effacer ?
Et puis, au fil de l’eau, la brume s’est dissipée et quelques réponses sont apparues.

La douleur au service de l’attachement

D’abord, il n’y a rien de plus merveilleux que la plénitude que l’on ressent au moment où l’on prend son bébé dans ses bras après des heures d’une intensité jusqu’ici inconnue, d’un déferlement de puissance, d’émotions. Le calme après la tempête. C’est une sensation indicible. Je ne me suis jamais senti aussi forte, aussi bien, aussi confiante en moi et en la vie que pendant les premières minutes qui ont suivi la naissance de chacun de mes trois fils.
Et je suppose que cela crée des connexions dans le cerveau : l’image de bébé correspond à une sensation merveilleuse. Bébé devient mon antalgique, ma vitamine, ma cocaïne 🙂
Plus question de vivre sans lui. Il devient instantanément ma raison de vivre. Et sa vie, plus importante que la mienne.

Et à l’époque où les bébés naissaient dans des grottes plutôt mal chauffées et cernées par les ours et autres tigres à dents de sabre, il était plutôt salutaire pour ce petit être fragile, d’être la prunelle des yeux de sa maman.
Si l’on enfantait aussi facilement qu’une poule pond un oeuf, il est probable qu’il y aurait davantage de bébés abandonnés aux griffes de l’ours …


NB : Observons un instant la différence de comportement entre une femelle manchot empereur et une poule. La manchote (oui oui, j’ai vérifié 🙂 ne pond qu’un oeuf par an, dans un environnement hostile au bon développement du bébé dans sa coquille. Et le couple consacre toute son énergie à la protection de ce bébé. Voir « la marche de l’empereur ».
Quant à nos chères poulettes, je leur pique leur oeuf chaque jour et ne décèle aucune expression de désespoir sur leur visage emplumé ! CQFD 🙂

Bien sûr, cet attachement se fait par d’autres voies. Et tout comme on peut aimer sans réserve un enfant que l’on n’a pas porté, on peut tomber amoureuse de son bébé, même après avoir passé son accouchement à surfer sur FaceBook. C’est en générale le cas pour les papas. Mais on ne connaitra pas ce shoot magique d’ocytocine naturelle.
Et c’est, selon moi, se priver d’un voyage fantastique. Toutefois on peut comprendre que la douleur ne soit pas une option pour bon nombre de mamans. Seulement il est à déplorer que ces mamans ne soient que très rarement suffisamment bien renseignées pour réellement choisir.
C’est la vocation de « Faut pas pousser ! ». Je ferme la parenthèse.

La douleur comme guide

Il est instinctif de chercher à soulager sa douleur.
Pour ce qui concerne les douleurs de l’enfantement, le mouvement devient un allié. Chercher une position qui soulage et qui évolue au fil du travail (assez rarement allongée sur le dos les pattes en l’air. Mais j’y reviendrai dans un prochain article). Bouger pour sentir. Bouger instinctivement, guidée par la douleur et plus largement les sensations dans tout le corps. Bouger pour utiliser la gravité, faire tourner bébé, le faire descendre, soulager un appui … Sans vraiment savoir pourquoi, la femme bouge, et ses choix de positions et de mouvements sont toujours favorables à un accouchement facile.

Bien sûr, la péridurale est une solution radicale pour soulager la douleur. Avec elle, plus le besoin de bouger, seulement observer passivement ses sensations, attendre les consignes du personnel soignant, et peut-être même s’ennuyer …

Je n’ai pas souvenir de m’être ennuyée pendant mes accouchements 🙂

La douleur comme invitation à la transe

Depuis le temps que j’écoute et lis des récits de naissances, toujours avec le même appétit, je suis sûre d’une chose : tenter de lutter contre la douleur l’amplifie. C’est valable pour une crampe au mollet, ça l’est aussi pour les contractions. Mais bien sur, lutter contre la lutte ne donne rien de bon non plus. Vous me suivez ? pour renoncer à lutter, il faut débrancher son cerveau.
J’y reviendrai aussi dans un prochain article.
C’est là qu’une petite coupette de Champagne peut faire des miracles. Dixit Michel Odent. Pour ne plus penser, ne plus lutter, observer d’en haut, voir décoller vraiment.

Je ne résiste pas à l’envie départager avec vous ce petit dicton de sages-femmes

« Cerveau lisse, vagin qui glisse » 🙂

Attention, il ne s’agit pas d’intelligence, mais plutôt de mise au repos du NeoCortex, encore lui.
Il est dit aussi « Bouche molle, col mou » et certaines sages-femmes suggèrent aux parturientes d’adopter l’expression d’une vache regardant passer le train, l’air bovin et la mâchoire souple de la ruminante pour faciliter l’ouverture … (Merci Pascale pour ce rappel important 😉

En bref, l’accouchement est une occasion rare de se plonger dans la très en vogue « Méditation de pleine conscience ». Pour une fois, je trouve que la « tendance » a du bon.
Pour ma part, bien que pas encore assez assidue, je pratique régulièrement la méditation et je pense que lui consacrer un moment chaque jour devrait être une évidence, comme le sport et le sommeil. Mais bon.

Voir plus bas « Cette douleur est-elle une fatalité ? »

Douleur ou souffrance ?

Dans le même article de Wikipedia, il est évoqué une expérience d’évaluation de la douleur sur deux populations. La première étant constituée de soldats, la seconde de civiles. Pour des lésions comparables, le niveau de douleur n’est pas le même car il passe par le filtre de la signification. Par le Neocortex !

  • Pour les soldats, la blessure est synonyme de retour à la maison et de reconnaissance, et la douleur devient supportable
  • Tandis que pour les civiles, la blessure signifie être diminué, perdre son emploi, et la douleur devient intolérable.

C’est là que réside la nuance entre douleur et souffrance. La seconde est le fruit de l’interprétation de la première.

Pour ce qui est de l’accouchement, puisque la douleur ne signifie rien de grave, alors il suffirait d’en rire pour ne plus en pleurer. Facile à dire.
On l’a longtemps appelé « Le mal joli : dès qu’il disparait, on en rit ! ».
Surtout les hommes et les femmes ménopausées …
C’est pourtant vrai : si l’on n’écoute pas la douleur, si on ne l’attend pas, si on ne lutte pas contre elle, elle disparait. La peur de la douleur amplifie la douleur.

J’ai recueilli beaucoup de témoignages et voici ce qui en ressort :

  • Un nombre infini de femmes expriment des regrets quant à leur accouchement : impression de ne pas avoir été actrice, de ne pas avoir senti, d’avoir été infantilisée par le staff médicale.
  • Mais où est le problème puisque : MAMAN ET BÉBÉ VONT BIEN ?!?!
  • La plupart du temps, les femmes ayant vécu un accouchement avec péridurale et un autre sans péridurale par choix gardent un meilleur souvenir de leur accouchement sans péridurale.
  • Celles qui voulaient la péridurale et n’ont pas pu l’avoir en sont généralement traumatisées. Elles ont lutté, espéré, attendu, souffert sans jamais se jeter dans leur accouchement et ça a été une expérience affreuse.
  • J’ai noté le témoignage de deux femmes contrariant mes suppositions : elles ont tenté le sans péri. C’était leur choix. Et finalement, ce sont leurs mots : plus jamais ça

Cette douleur a-t-elle une source identifiable ?

A ce stade, et sachant que cette douleur n’a pas de fonction, on est en droit de se poser la question : D’où vient-elle ???

Je ne vais pas pouvoir répondre avec certitude à cette question. Je continue d’essayer de comprendre. Certains aspects n’ont pas été abordés dans cet articles et le seront plus tard. Voici quelques pistes :

  • L’homo erectus n’est peut-être pas pour rien dans l’affaire. Le corps humain, pour permettre la marche debout, a évolué d’une manière peu favorable à un accouchement facile (taille et position du bassin, du squelette en général et de la musculature)
  • L’attachement (évoqué plus haut) : le petit d’homme est une proie facile pendant plusieurs années. Il a besoin de protection. Et donc de l’attachement de sa mère et de l’ensemble de la tribu.
  • Le neocortex est le seul responsable et avec lui, le conditionnement et la peur. Il faudrait consacrer un article très long à ce point. Car nous ne sommes pas égaux devant la douleur. Notre histoire, nos peurs, influent beaucoup nos sensations. Que peut-on y faire ? A voir …
  • Attention supposition : la douleur résulte d’une lutte contre un sphincter qui s’ouvre. En effet, si l’on considère qu’un sphincter est un muscle circulaire situé autour d’un conduit naturel et dont la contraction permet de fermer partiellement ou totalement un orifice, alors, le col de l’utérus est bien un sphincter. Et lutter contre l’ouverture d’un sphincter peut être très douloureux. Dans le cas présent, la puissance des contractions est telle que lutter contre cette ouverture provoque des crampes douloureuses.
    NB : il est bon de rappeler qu’en général, se détendre et laisser ses sphincters s’ouvrir nécessite un minimum d’intimité … à bon entendeur …

Il est certain que les femmes qui ont enfanté facilement et sans douleurs n’en font pas la pub car elles culpabilisent. Elles laissent donc la parole à celles qui sont traumatisées par l’accouchement et qui ont besoin de raconter pour évacuer. Et peut-être aussi, comme cela se pratique depuis de nombreux siècles, besoin un peu cynique de dire à celles qui enfanteront « Tu vas voir, c’est affreux …  »

Cette douleur est-elle une fatalité ?

Nous sommes donc conditionnées à enfanter dans la douleur.
Depuis le début du XVIème siècle pourtant, nombreuses préparations plus ou moins nocives sont proposées aux mamans : sédatifs, narcotiques, alcool… puis au début du XIX ème siècles, l’usage des anesthésiques se répand (éther, protoxydes d’azote, chloroforme ) avec le plus souvent des effets délétères, passés sous silence.

Le premier à remettre cette fatalité en question, en France, fut le Docteur Fernand Lamaze. Ayant consacré toute sa carrière de médecin à chercher comment améliorer le sort des femmes en travail, c’est de retour d’un voyage en URSS qu’il développe sa méthode, appelée la méthode de l’accouchement sans douleur – ASD – en France ou méthode Lamaze ailleurs dans le monde.
En URSS, celle-ci était basée sur le conditionnement et inspirée des travaux de Pavlov. Pour Lamaze, qu’importe que l’on s’inspire d’un processus jusqu’ici expérimenté sur des animaux. Tant que la recherche sert la cause, il faut essayer.
De retour de son voyage et ayant assisté à un ASD, Fernand Lamaze se lance dans la recherche, l’expérimentation, la théorisation. A la clinique des Bluets, toute l’équipe, de la dame de la réception au personnel de cantine, tout le monde est mis à contribution. Car le docteur est formel : toute source de stress peut anéantir les mois de préparation de la maman.
Après avoir essuyé beaucoup de moqueries, d’insultes et de menaces, Fernand Lamaze rencontre finalement le succès. Des médecins du monde entier viennent se former à se méthode et toutes les femmes de Paris veulent accoucher aux Bluets.
Le docteur Lamaze est mort à l’âge de 66 ans. Sa recherche sur l’accouchement sans douleur a été le fil rouge de sa vie.
Sa méthode a rencontré beaucoup de succès jusque dans les années 1970.

Plus d’infos sur l’article Wikipédia consacré à l’accouchement sans douleur

Pourquoi cette méthode est-elle tombé en désuétude ?

  • La généralisation de l’anesthésie péridurale : plus simple, plus rentable que la préparation à l’accouchement, solution de facilité pour les mamans, elle remporte le suffrage
  • La méthode de l’accouchement sans douleur venait de l’est, des communistes. Lamaze était communiste. La clinique des Bluets la propriété du parti et financé par le syndicat de la métallurgie … cela a pu, pour l’Ouest, être une raison suffisante pour faire autrement.

La faute au conditionnement !

Je suis le chemin de l’histoire. Mes lectures sont guidées par les questions que je me pose au fil de mon travail d’écriture. J’ai commencé à m’intéresser au conditionnement « biblique » il y a plusieurs mois.
TU ENFANTERAS DANS LA DOULEUR … Ite missa est. La messe est dite.

NB : tout ce paragraphe concerne nos sociétés judéo-chrétiennes. Pour les populations ayant échappé à la sentence « mono-divine », l’accouchement se passe en moyenne plus facilement que chez nous …


Sans être féministe, je me suis demandé tout de même pourquoi une telle sentence. Puis au fil de mes échanges et rencontres, j’ai pris conscience d’une évidence : la femme a le pouvoir suprême d’être sûre de sa descendance. (Sauf erreur de tube dans le cas d’une PMA, risque apparu assez récemment 🙂 Tandis que l’homme ne peut jamais avoir la certitude que ses enfants sont bien de lui (sauf test de paternité … réponse nouvelle à l’échelle de l’histoire de l’humanité 🙂
Donc la femme SAIT qu’il s’agit bien son de enfants sous la couronne et sur le trône ; tandis que l’ex-roi soupçonne qu’il s’agit du fils du palefrenier. Partant de ce postulat, il était logique que l’homme s’octroie tous les autres pouvoirs, frustré de n’avoir pas celui d’enfanter.

Cela fait donc un sacré bout de temps que, dans les sociétés judéo-chrétiennes, les femmes doivent accoucher selon des consignes et dans des positions imposées, dans une situation très éloignée de celle qui respecterait les besoins de base de la femme en travail selon Michel Odent. Voir ci-dessous
Sachant que pour bien accoucher, il faut avant tout de l’intimité, une déconnexion du neocortex accompagné d’une grosse dose d’Ocytocine naturelle, je crois bien que depuis Abraham, c’est tout simplement impossible.

Et si on se déconditionnait ?

J’introduis ici ce qui fera l’objet d’un prochain article
Faire le choix de se passer de la médecine et notamment de la péridurale est-il un retour en arrière ?
Certains diront « et pendant que tu y es, on peut aussi retourner dans les cavernes » … Je pense au contraire qu’il s’agit d’une révolution avant-gardiste, d’un potentiel de progrès immense pour l’espèce humaine : que la naissance se passe dans le plus total respect de la mère et du bébé, car c’est bien du bébé qu’il s’agit ; lui qui donne le tempo, lui qui connait le chemin, lui qui vient au monde. Et que la femme reprenne ses droits sur son corps, découvre la confiance et la puissance, dise Fuck à l’obstétricien autoritaire qui veut lui faire croire qu’elle est incompétente, et surtout, surtout, se bouge les fesses pour vivre, une fois dans sa vie, un moment intense, fort, sans édulcorant, sans questions, sans doute, juste Hic et nunc – ici et maintenant.

Et il y a toutes celles qui y échappent 🙂

Et oui, certaines échappent à la douleur. J’en ai rencontré dont l’accouchement, pour un premier bébé, n’avait duré qu’une heure et demie et laissé aucun souvenir de douleur, seulement d’intensité. Et puis il y a The Farm, communauté hippie américaine qui a vu naître trois générations de bébé et dont les femmes ont évoqué avec la certitude qu’accoucher était une chose facile, naturelle, et souvent indolore. Et puis il y a tous ces peuples autarciques qui laissent leur femmes seules pour enfanter. Dans le plus parfait respect des besoins de base de la femme qui accouche. Et puis il y a même celles qui enfantent en dormant. En dansant, en riant, en se promenant. En seulement quelques minutes.

Et il y a même des femmes qui ont vécu lors de leur accouchement, le plus parfait orgasme de leur vie !
Juste pour retenter ma chance, je ferais bien un quatrième 😉

Et alors ? leur corps est-il différent du mien ?

Conclusion

Je n’ai pas eu peur, je n’ai pas souffert. J’ai juste eu mal. Sans doute trop pour cause de Neocortex au taquet. Mais plus je lis de récits de naissances en structure, et plus je suis heureuse, tellement heureuse, d’avoir suivi mon instinct et mis au monde mes enfants sans contraintes. C’était merveilleux.
Chacune son chemin. Mais il faut le choisir.

6 thoughts on “Enfantement, douleur ou voyage”

  1. Hello les amis !
    Si vous avez lu cet article, si vous l’avez aimé, dites le moi ! ça me donnera de l’énergie pour écrire les suivants. Et PARTAGEZ ! Ce serait le top du top !
    Merci beaucoup et que la force soit avec vous 😉

  2. Marascalchi Julia

    Merci pour cet article, très bien écrit ! Belle recherche sur la complexité de la douleur !!
    Je suis à quelques jours d’accoucher et c’est encore un texte qui me conforte dans le désir d’accoucher dans le cocoon de ma maison 🤗

  3. Merci beaucoup Julia,
    C’est formidable de savoir que mon travail n’est pas vain.
    Je vous souhaite un bel accouchement. Confiance et accueil.
    A bientôt de vous lire
    Nina

  4. Super bien écrit. Maîtrise totale du sujet. Un grand bravo pour ce magnifique premier article.

  5. « Mais pourquoi faire le choix de la douleur ? »
    C’est marrant, quand j’ai vu les premiers bébés de copines naître autour de moi (et qu’elles me racontaient leur accouchement), je me suis plutôt demander : « Mais pourquoi aller au casse-pipe ? Si tu mets un pied à la maternité, tu t’en sortiras au mieux avec une épisio, au pire……… ».
    Pour moi, accoucher en structure hospitalière était synonyme de cascade de gestes iatrogènes et pour m’en protéger, la solution était d’accoucher chez moi. Du coup, je ne me suis pas trop posée la question de la douleur d’autant plus que les femmes accouchent naturellement depuis des millénaires alors pourquoi pas moi ? En respectant mon intimité, mes besoins, mon rythme, en étant accompagnée par MA sage-femme, je pensais que les sensations seraient supportables.
    Bon, je me suis une grosse baffe 🙂
    Autant tout ce que je pensais s’est avéré positif pour le déroulement de l’accouchement (physiologie respectée) autant pour la douleur, j’étais à côté de la plaque car c’était sans compter sur mon cerveau qui, à aucun moment, n’a réussi à se débrancher… j’étais si crispée qu’il n’y avait pas de vague, la douleur restait même quand la contraction était terminée. Ce fut un calvaire.
    Aussi, je devenais mère et c’est à ce moment précis que j’en ai pris toute l’importance. Des tas de peurs se sont donc accumulées, polluant ainsi mon cerveau… De plus (ou devrais-je dire et c’est pourquoi), l’accouchement a duré 24h, ce temps a eu raison de mes convictions.
    J’ai donc demandé à être transférée, je voulais la péri. Bien sûr, j’étais à 10 à ce moment là (phase de désespérance), il n’était plus question de partir et quand j’ai su que mon bébé arrivait, toute la douleur est partie. Moment incroyable. Comme quoi le cerveau…….

    Pour mon deuxième accouchement j’étais encore bourrée de peurs même si je n’allais plus vers l’inconnu. La grossesse qui faisait suite à deux fausses-couches et qui avait fini par être pathologique (grosse anémie traitée en urgence au 8ème mois de grossesse), avait été anxiogène. Je n’avais pas pu mettre de côté toutes ces peurs avant d’accoucher, en revanche, j’étais mieux préparée pour accompagner les contractions et à aucun moment, je n’ai eu envie d’aller à la maternité pour avoir la péri. J’ai eu très mal mais je l’ai exprimé (en vocalisant) contrairement à mon premier accouchement où j’étais prostrée et muette. Je ne l’ai donc pas vécu dans la souffrance ! De plus (ou devrais-je dire « et donc » 😉 ) cela a été plus court que le premier (14h contre 24h ce qui fait quand même la différence niveau fatigue).

    Pour mon troisième accouchement, j’avais fait du yoga prénatal, j’avais encore plus lu, je me sentais confiante. L’accouchement s’est passé en 4H d’intensité, les seuls moments où j’ai eu mal c’est quand j’ai eu peur ou que je n’ai pas pu prendre les positions que je voulais. Cela reste un souvenir merveilleux.

    Enfin quatrième et dernier accouchement : après deux ans de yoga du son, j’ai plongé sans peur dans cet accouchement express (2h), je laissais l’intensité m’envahir et l’accompagnais de mes sons graves. Je souriais, ouvrais ma bouche, penchais ma tête en arrière, me décontractais complètement.
    Des sensations de dingues. L’expérience la plus incroyable de toute ma Vie.
    Je reconnais qu’il fallait oser y aller, c’est vraiment extrême, je n’aurais jamais pu faire ça pour mon premier accouchement… et je comprends les femmes qui n’ont pas envie d’y aller.
    C’est seulement dommage pour elles, elles loupent une expérience qui change à tout jamais ! Sentiment de super-puissance et… d’accéder à la Source…

    Il m’aura fallu tout un cheminement pour y arriver. Je n’ai pas connu ça dès mon premier accouchement alors qu’intuitivement je savais qu’on pouvais le vivre et je le regrette, mais c’est comme ça, c’est mon histoire.
    Cela m’a énormément enrichi et surtout je comprends les femmes qui trouvent que l’accouchement est une épreuve difficile voire traumatisante.

    MERCI beaucoup pour cet article qui m’a fait couler beaucoup d’encre 🙂
    Il est très bien écrit et l’interview de Michel Odent est un trésor !
    Vivement la suite 😉

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