L’accouchement physiologique

Après plus de 30 ans de plébiscite, la péridurale a perdu de son aura et les futures mamans sont de plus en plus demandeuses d’informations quant à sa nécessité et ses effets secondaires. Le nombre de futures mamans envisageant un accouchement sans péridurale augmente significativement chaque année, tout comme celui des femmes qui ne se contentent plus de la préparation classique proposée par leur maternité, mais vont chercher autre chose : sophrologie, haptonomie, chant,  yoga prénatale  …Beaucoup expriment le souhait d’être actrice de leur accouchement et de laisser leur corps faire ce qu’il sait faire. En résumer, de plus en plus de femme souhaitent un accouchement physiologique.


1 • Qu’est ce que « L’accouchement physiologique » … ? Définition variable

La réponse dépend de qui la donne, de sa formation, de son expérience, de sa fonction, de ses peurs et de sa connaissance de la … physiologie ! Celle du médecin, celle de la sage-femme en maternité de type 3, celle de la sage-femme AAD ( accompagnant des accouchements à domicile … et encore, elles n’ont pas toutes la même conception de leur métier). Déclenchement ou mise en travail spontanée, voie basse ou césarienne, avec ou sans instrument, avec ou sans Syntocinon (ocytocine artificielle en perfusion pendant le travail), avec ou sans péridurale… Pour certain, un accouchement sera considéré comme physiologique  si le bébé est né par voie basse, les plus pointilleux préciseront « sans instruments » 🙂 Pour d’autre, on parlera d’accouchement physiologique lorsque les besoins de base de la femme en travail (nous y reviendrons plus bas ) et ceux de son son bébé sont respectés et que personne n’interfère dans le processus. Car comme le dit Michel Odent dans le film documentaire « FAUT PAS POUSSER !« 

« Pendant l’accouchement, il n’y a que deux acteurs obligatoires :
la mère et le bébé ! »

Michel Odent

La physiologie est une science à part, qui redonne à la « bio » (vie) sa place, et remet la science ( la médecine) à la sienne.

Il ne s’agit pas ici de nier que la médecine a permis aux humains de vivre mieux et plus longtemps.

On notera comme étapes déterminantes dans cette évolution :

  • la découverte par Semmelweis en 1846 du monde microbien et du principe de contamination ayant entrainé la mise en place des règles d’asepsie perçues aujourd’hui comme les plus élémentaires (particulièrement depuis le printemps 2020 🙂
  • (voir bientôt complément dans l’article consacré à Semmelweis* à venir … plus tard)
  • La vaccination contre la rage en 1885 puis les autres. (Je parle de vaccination, pas de thérapie génique expérimentale … 🙂
  • La découverte en 1928 de la pénicilline (antibiotique naturelle contenu dans certaines moisissures, et entrée dans les thérapie en 1941)
  • Les progrès en chirurgie … de l’antiquité à nos jours 🙂

Mais un vieux refrain populaire serine qu’avant le transfère de la naissance à l’hôpital, la majorité des femmes mourraient en couche dans d’atroces souffrances, ou en se vidant de leur sang. C’est faux.La fièvre puerpérale apportée en salle de naissances par les médecins sortant de la salle de dissection faisait des ravages c’est vrai 🙂 mais pas chez les femmes qui accouchaient à la maison.

Dans le film documentaire « FAUT PAS POUSSER ! » L’historienne Marie-France MOREL, présidente de la société d’histoire de la naissance, expose les faits et rappelle que seulement un accouchement sur 100 se soldait par la mort de la mère au 17 ème siècle. Bien avant les échographies et les progrès déterminants cités plus haut.Rappelons une réalité indiscutable : les femmes accouchent depuis la nuit des temps et l’humain a plutôt pas mal prospéré.🙂

Car l’accouchement n’est pas une pathologie et dans le cas d’une femme vivant une grossesse à bas risque (plus de 85 % des cas) et ayant bénéficié d‘un suivi auquel toutes les femmes européennes peuvent prétendre aujourd’hui, si l’on respecte la physiologie, tout se passe parfaitement bien.

2 • Alors la physiologie, c’est quoi ?

Si nous sommes des êtres de culture, et surfons sur internet aujourd’hui mieux qu’au paléolithique, pour ce qui touche à la survie de l’espèce, nous sommes très proches de nos ancêtres des cavernes !Se reproduire, se nourrir, se protéger des intempéries, des prédateurs… répondre à ces besoins vitaux fait appel au  cerveau reptilien, et le neo-cortex n’a, au mieux, que peut à faire dans cette affaire, au pire, le pouvoir de tout saboter.

Comme le dit Israël Nisand, président du Collège Nationnal des Gynécologues Obstétriciens de France (CNGOF), il est facilement admis que l’humain n’est pas un peuple de nature mais un peuple de culture, guidé par son savoir et non par son instinct (définition de INSTINCT : ensemble de comportements complexes inscrits génétiquement )On en conclu souvent un peu vite  que la femme ne sait pas accoucher)… Si l’on peut admettre qu’il y a débat quant à la place laissée à l’instinct chez l’humain, la question n’est pas là. Puisque l’accouchement ne relève pas de l’instinct mais du réflexe, au même titre que la respiration, l’éternuement, le vomissement, l’orgasme, la digestion… Il n’y a donc  rien à savoir, seulement à laisser faire, car le bébé et le corps de sa mère font le travail, dans l’idéal, sans stimulation neo-corticale, ni intervention extérieure. Dire que les femmes ne « savent pas accoucher » revient à dire qu’elle ne savent pas respirer.

NB : on sait que le stress peut perturber la digestion, le sommeil, voir la respiration, il en est de même pour l’accouchement.

Et voici que nous nous approchons doucement de la définition de l’accouchement physiologique 🙂

Tout comme dans les autres processus liés à la survie de l’espèce (l’alimentation – digestion, le sommeil, la fuite ou l’attaque, la reproduction), les hormones ont un rôle déterminant dans l’accouchement :

  • L’ocytocine, appelée hormone de l’amour, provoque les contractions de l’utérus et la descente du bébé
  • Les endorphines permettent à la maman d’entrer dans sa bulle et de ne pas ressentir de douleur
  • La mélatonine
  • La prolactine
  • …..
Lire prochainement l'article sur Les hormones de la naissance 

Voir aussi le film documentaire « FAUT PAS POUSSER ! »

Pour que l’accouchement se déroule physiologiquement, c’est à dire vite et bien sans intervention médicale, il faut que les conditions soit réunies pour permettre ce subtile et fragile enchaînement de pics hormonaux. Pour aller à l’essentiel, disons que pour bien accoucher, il faut être dans les mêmes conditions que pour bien jouir :

  • Intimité (ne pas se sentir observée)
  • Confiance
  • Réduction de l’activité néocorticale
  • Et pour cela : obscurité (Les physiologistes ont découvert des récepteurs à la mélatonine – hormone du sommeil dont la sécrétion est favorisée par l’obscurité – sur l’utérus !)
  • Douce chaleur
  • Manger et boire selon ses envies et donc ses besoins … car l’envie, si la machine n’est pas cassée, est la manifestation d’un besoin

Ajoutons la verticalité et le mouvement, et voici réunies les conditions qui garantissent à 95% un accouchement facile et rapide : un accouchement physiologique !

NB : j’entends déjà les commentaires à propos des complications comme, par exemple, la dystopie des épaules ou l’hémorragie de la délivrance : je ne nie pas que les complications existent. Mais elles sont très majoritairement anticipables aujourd’hui. Et pour ces deux là, la verticalité et le mouvement résolvent très souvent la première, et le respect des besoins de base de la femme qui accouche réduit presque à néant le risque de la seconde. Et je ne dirais rien ici sur toutes les complications qui sont la conséquence directe de la médicalisation, une intervention en entraînant une autre … tout est expliqué, pas par moi🙂 dans le film documentaire « FAUT PAS POUSSER ! »

3 • Et la péridurale dans tout ça ?

Le premier choix qui se pose aux femmes enceinte est celui de prendre ou non la péridurale. Et pour beaucoup, il semble absurde et rétrograde de vouloir s’en passer. L’anesthésie péridurale est une merveilleuse avancée. Pour accueillir les contractions, une femme a besoin de plonger en elle même et de débrancher son neo-cortex. Hors en structure et suivie par une équipe médicale inconnue, parfois gênée par l’impatience des soignants en sous effectif, stressée par des considérations anxiogènes, des questions, et tout ce qui stimule le néocortex, il devient très difficile de gérer la douleur pour entrer dans la danse. La péridurale peut alors être d’une grande aide pour se détendre et ne pas tout bloquer.
Si la péridurale est compatible avec un accouchement rapide et facile par voie basse, que l’on pourrait qualifier de physiologique, faire le choix d’en bénéficier en début de travail n’est pas sans conséquence. En effet, si certaines maternités ont mis en place un protocole d’accompagnement péridurale déambulatoire (voir article Péridurale déambulatoire … à venir … un de ces jours🙂), c’est à dire permettant à la femme de se tenir debout et de se déplacer dans la plupart des établissements (et dans l’esprit de la plupart des parturientes), l’analgésie péridurale implique l’immobilité.

NB : dans les faits, il est souvent possible de se mobiliser sous péridurale, mais une fois soulagée, la femme n’éprouve plus le besoin de bouger, et adopte une posture passive.

Rappelons les secrets d’un accouchement facile et rapide :

  • Le respect des besoins de base de la femme en travail (voir plus haut)
  • La verticalité
  • Le mouvement

Si dans la représentation classique de l’accouchement, la femme enfante allongée sur le dos, les pieds dans les étriers, il est facile de comprendre que pour  “descendre“, bébé à besoin de la verticalité de sa maman ! Et que pour s’engager dans le bassin et décoincer un bras, une épaule, le mouvement est un allié précieux. Donc, dans l’idéal, on se mobilise un maximum, on se promène, on s’accroupît, on monte et descend des escaliers, tout cela en étant connectée à ses sensations qui vont guider nos mouvements. Et donc on opte pour la péridurale seulement quand on ne se sent plus capable de continuer sans elle. A chacune de déterminer sa limite, mais qui ne tente rien…

Pour progresser sur le chemin de la physiologie : 
• Voir le film documentaire FAUT PAS POUSSER !Lire l'article « Enfantement : douleur ou voyage »
• lire prochainement l'article sur la péridurale déambulatoire… à venir … un de ces jours🙂 

4 • Laissons les mamans choisir !

La Loi Kouchner, vous connaissez ? En substance, cette loi de 2002  peut se résumer ainsi : « Aucun acte médical ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

Ainsi, chacun peut exiger une information sur les gestes qui sont proposés, et les refuser. En cancérologie, c’est le plus souvent le cas. En obstétrique, rarement. Par défaut, parce que tout est prévu pour cela, les femmes se pensent incapables d’enfanter par elles-mêmes, s’en remettent, parfois aveuglément, aux médecins et ne prennent pas le temps de s’informer et de choisir. Si vous lisez cet article, c’est que vous avez envie de mettre toutes les chances de votre côté pour faire les choix qui vous ressemblent. Et vous n’aurez pas à le regretter.

Se sentir écoutée et respectée est la clé pour sécréter de la ocytocine

La logique est la suivante : la physiologie nous explique les besoins de base de la femme qui accouche. C’est le respect de ces besoins de base qui permet à la femme de sécréter la précieuse ocytocine et ainsi de permettre à l’accouchement de progresser favorablement. Pour certaines femmes, répondre à ces besoins de base signifie rester à la maison, entrer dans leur bulle et n’être pas dérangées. Pour d’autres, se sentir en sécurité signifie être en structure, entourées d’une équipe médicale, et dans la mesure du possible, ne pas ressentir de douleur. Car cette douleur, si elle n’est pas accueillie, devient de la souffrance, et donc une source de stress qui va générer la sécrétion d’adrénaline. Rappelons que l’adrénaline est l’hormone du combat et de la fuite, pas de l’accouchement🙂. Voici en substance le rôle que doit jouer l’adrénaline dans l’accouchement :

  • En début de travail, si la femme est stressée, elle sécrète de l’adrénaline qui bloque le travail. Au temps des cavernes, la présence d’un prédateur déclenchait ce pic d’adrénaline, qui bloquait le processus de la naissance et permettait à la femme de fuir pour aller accoucher plus loin. Aujourd’hui, la situation la plus classique est une travail qui se passe tranquillement à la maison, puis on décide de partir, et sur la route, les bouchons, la peur d’avoir oublié quelque chose, la position assise qui rend plus difficile la gestion des contractions, ou bien en arrivant, une sage-femme qui dit ne pas retrouver le dossier, ou qui fait des remarques inadaptées, et la femme sécrète de l’adrénaline. Et ce travail qui progressait parfaitement à la maison, se met à stagner. Un classique. A contrario, pour certaines femmes, c’est le fait d’être à la maison qui va être source de stress, et l’adrénaline va laisser place à l’ocytocine dés l’arrivée à la maternité  qui sera gage de sécurité.
  • En fin de travail, l’adrénaline provoque le réflexe d’expulsion, à savoir une poussée très puissante et la sortie du bébé comme un boulet de canon. Au temps des cavernes, ça donne « oh ! Un tigre ! » Adrénaline / poussée hyper puissante / éjection du bébé/ je l’attrape et je fuis le tigre !  Plus difficile de définir un scénario actuel, mais je crois pouvoir l’illustrer avec ma propre histoire : pour mon premier, né à la maison sans sage-femme, tout s’est passé merveilleusement bien jusqu’à ce que je sente sa tête dans mon vagin et que je me demande combien de temps il pouvait rester coincé là ! Adrénaline / Une poussée hypeeeeer puissante et un bébé qui sort comme un boulet de canon ! Bilan : un périnée complet qui s’est super bien remis.

Donc encore une fois, l’important est de s’écouter et de faire respecter ses choix. Au passage, devoir se battre pour faire respecter son projet de naissance lorsqu’on est dilaté à 7 n’est pas du tout favorable au travail.

5Épilogue sur le déclenchement de l’accouchement

Je ne peux terminer cet article sans dire quelque mot sur le très à la mode déclenchement, qui représente à lui seul l’anti-physiologie, même si certains médecin prennent un plaisir suspect à vous démontrer le contraire.

Il est admis que c’est bébé qui donne le tempo dans l’accouchement (et dans la vie de ses parents pour les années à venir, mais ce n’est pas le sujet🙂). En effet, même si rien n’est vraiment démontré, il semble que ce soit lui qui déclenche le travail, lorsque ses poumons sont matures et près à remplir leur fonction dans un milieu aérien (un autre article qui viendra … Le rôle du bébé dans la naissance ). Une fois le top départ donné par bébé, démarre le subtile balais des hormones, le travail du corps de la mère et le Voyage actif de bébé vers la lumière. Lors d’un déclenchement, et quelles que soient les méthodes employées, on force la venue d’un bébé qui n’était visiblement pas décidé à naître et ne va donc pas être très “coopératif“… (il reste assez exceptionnel qu’un bébé oublie de naître et se laisse mourir dans le ventre maternel).

Bien sure, à 41 SA, il a presque fini de ranger sa chambre et peut assez facilement rattraper le timing. Mais à 37, 38 … et même 39, ce n’est pas évident. Alors bien sur, la médecine a de quoi garantir une issue “favorable“ (Entendez par là : maman et bébé en vie). Mais à grand renfort d’injection d’ocytocine artificielle, provoquant des contractions plus intenses, plus rapprochées, plus douloureuses pour la maman et plus difficiles à encaisser pour le bébé.

Le déclenchement rime le plus souvent avec péridurale, et voilà un projet d’accouchement physio par terre. En résumé, un accouchement qui démarre par un déclenchement n’est pas un accouchement physiologique.

Si vous êtes primipare, que tout se présente au mieux, il est possible que votre gynécologue obstétricien vous propose généreusement de participer à l’étude FRENCH ARRIVE. Celle-ci nous vient des Amériques et consiste en une expérimentation en double aveugle sur deux groupes de primipares, tous les voyants au vert, présentation céphalique, pas de jumeaux… bref, le scénario parfait pour un accouchement physiologique. L’étude consistant à déclencher à 39 SA le premier groupe et pas le second. L’objectif étant de montrer que l’on réduit ainsi le risque de césariennes. Je ne développe pas ici, mais si j’étais vous, je déclinerais cette offre aussi généreuse soit elle, avec un sourire entendu.

NB : voir ma petite vidéo rigolote

Conclusion

Gardez à l’esprit que vous avez a priori tout en vous pour accompagner votre bébé vers la lumière. 85% des grossesses laissent présager d’une issue physiologique pour peu qu’on ne perturbe pas le processus. L’essentiel est que ce voyage soit le plus beau possible pour vous et pour votre bébé. Donnez vous les moyens de faire les choix qui vous ressemblent. Et gardez à l’esprit que la pathologie existe et que dans certain cas, on ne peut que remercier la médecine pour les miracles quotidiens ;  accueillez l’idée que tout ne se passe pas toujours comme on l’espérait. Mais que si à chaque instant, vous vous êtes sentie entendue, et que vous avez compris ce que vous viviez, vous et votre bébé pourrez avancer d’un pas sur et léger.

Pour aller plus loin sur l’accouchement physiologique, découvrez le film FAUT PAS POUSSER ! en dvd

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