« Faut pas pousser ! » : un documentaire qui invite au voyage de la naissance

Sortie Nationale : Septembre 2021 😊

Résumé du film :

Une invitation Ă  vivre son accouchement comme un voyage initiatique. Pour grandir et se faire confiance. Mettre  en lumiĂšre les compĂ©tences (trop) souvent nĂ©gligĂ©es des mamans et des bĂ©bĂ©s. Inviter les mamans et les papas Ă  prendre le temps de choisir la maniĂšre dont ils souhaitent vivre ce passage.

« Ce qui nous manque, le plus souvent, n’est pas la libertĂ©, mais le courage de l’assumer ! »

GÉNÈSE DU FILM

Enfanter, mettre au monde, accoucher, naĂźtre. 
Cela semble si naturel, si Ă©vident quand on oublie l’encadrement mĂ©dical offert, imposĂ© ? … Ă  la femme enceinte du monde occidental.
J’attends mon premier enfant et je visite la maternitĂ©.
Est-il possible qu’à la veille de devenir mĂšre, on me dise comment mettre au monde mon enfant ? Comment pourrais-je savoir ce dont il a besoin si je ne suis mĂȘme pas capable de le laisser venir au monde, en douceur, naturellement, comme lui et mon corps savent le faire ?
Le danger est-il aussi certain qu’on me l’annonce ? N’ai-je pas en moi la force nĂ©cessaire pour surmonter la douleur ? Ne faut-il d’ailleurs pas la distinguer de la souffrance ? 
Je sens que j’en suis capable. Et si, lorsque mon corps m’annoncera l’imminence de la naissance, je me sens encore cette force, j’accompagnerai seule mon bĂ©bĂ© dans sa route vers son premier jour.

Au fil de mes trois enfantements, mes certitudes d’un jour ont laissĂ© place Ă  leur contraire. J’ai finalement renoncĂ© Ă  croire que je pouvais ĂȘtre un animal. Mais j’ai appris beaucoup sur ce dont les femmes sont capables : mettre son bĂ©bĂ© au monde peut ĂȘtre un moment intime et plein de poĂ©sie.

Le film est le rĂ©cit de cette quĂȘte d’une rĂ©alitĂ© mal connue.

A travers les témoignages de médecins, de sages-femmes, de mÚres, il présente sans imposer, une autre vision de la naissance et laisse place aux alternatives en remettant en question les certitudes du discours médical.

Michel Odent nous raconte les besoins de bases de la femme en travail

Note d’intention de l’auteur


C’est mon premier enfant et je ne connais rien Ă  tout cela. Mais je sais, je sens, qu’il est en pleine forme, qu’il n’a besoin de personne pour se dĂ©velopper et se prĂ©parer au grand saut vers la lumiĂšre, qu’il saura d’instinct ce qu’il doit faire pour venir au monde.

Et moi ? Ne puis-je pas enfanter avec un peu plus de poĂ©sie que ce que l’on me prĂ©sente ici ?

Ne puis-je pas, comme une chatte, me cacher dans un coin sombre et tranquille lorsque le moment sera venu, puis laisser mon bĂ©bĂ© et mon corps Ɠuvrer en douceur ?

C’est dĂ©cidĂ© : lorsque les premiers signes apparaĂźtront, je garderai pour moi le secret de l’imminence de cette naissance et mettrai mon bĂ©bĂ© au monde dans l’intimitĂ© de notre maison (en rĂ©alitĂ© Ă  cet instant, je m’imaginais mĂȘme me cacher au fond des bois
). 

A dĂ©faut d’instinct, ne puis-je pas accoucher avec intuition ?

A dĂ©faut d’instinct, ne nous reste-t-il pas quelques atavismes, qui se rĂ©vĂšleraient aux moments clĂ©s de la vie ?

Ne puis-je pas dĂ©brancher ma tĂȘte et laisser mon corps faire son travail ?

La mĂ©dicalisation (pour ne pas dire l’hyper-mĂ©dicalisation) de l’enfantement Ă©tait-elle la condition sine qua non Ă  la survie de l’espĂšre humaine ?

Cette douleur dont on parle, est-elle insurmontable ?

N’a-t-elle pas une fonction ?

NE FAUT-IL PAS DISTINGUER DOULEUR ET SOUFFRANCE ?

Et tous ces risques que l’on prĂ©vient, sont-ils rĂ©els ? Ne les a-t-on pas exagĂ©rĂ©s, Ă  force de vouloir les Ă©viter ?

Faut-il vraiment que quelqu’un nous dise quand pousser ? !!!

Le bĂ©bĂ© risque-t-il vraiment de s’essouffler ?

La pĂ©ridurale est-elle la panacĂ©e que l’on nous prĂ©sente ?

Est-il si anecdotique d’ĂȘtre ou de ne pas ĂȘtre actrice de son enfantement ?

La dĂ©pression du post-partum n’est-elle pas la consĂ©quence de ce renoncement Ă  mettre au monde ?

J’en arrive Ă  penser que les seuls acteurs indispensables Ă  cet acte de vie si dĂ©terminant sont le bĂ©bĂ© et sa mĂšre ! C’est soudain comme une Ă©vidence. Et toute personne extĂ©rieure – hormis le pĂšre bien sĂ»r – dans le cadre d’un accouchement sous les meilleurs auspices (c’est-Ă -dire dans la majoritĂ© des cas !) ne viendrait que perturber cet acte parfaitement programmĂ©.

A ce stade de mon histoire, le doute que l’on a bien voulu m’insuffler sur ma capacitĂ© Ă  mettre au monde mon bĂ©bĂ© sans assistance s’est renversĂ© : ce doute, Ă  prĂ©sent, est tournĂ© vers la mĂ©dicalisation. Avec toute ma naĂŻvetĂ© de primipare, j’ai la certitude d’en ĂȘtre capable. 

Tout au long de mon parcours de mĂšre, mes certitudes ont, au fil des jours, laissĂ© place Ă  leur contraire. J’ai finalement renoncĂ© Ă  croire que je pouvais ĂȘtre un animal.

Pour mon premier bĂ©bĂ©, nĂ© dans notre salle de bains sous le regard attentif de son pĂšre et de notre meilleure amie, mon cerveau d’humain Ă  brusquĂ© le dernier acte : j’ai eu peur que mon enfant reste coincĂ© et j’ai poussĂ© trop fort. Il m’a fallu recourir aux talents de couturiĂšres des mĂ©decins du CHU.

Bien. J’admets que la lionne, elle, ne s’inquiĂšte pas de la santĂ© de ses lionceaux avant qu’ils ne soient nĂ©s et qu’au moment de l’expulsion, elle ne fait que s’économiser et ne pousse pas plus que de raison ! MalgrĂ© cette issue un peu brutale, la naissance fut un moment magique, durant lequel le temps fut suspendu et le bĂ©bĂ© est arrivĂ© en pleine forme.

J’ai beaucoup Ă  apprendre et ce faisant, je m’éloignerai encore davantage de cette femelle Ă  laquelle j’aspirais ressembler.

Oublions l’instinct et misons sur l’intuition (restructuration de la mĂ©moire) : faire confiance Ă  son atavisme et ne pas interfĂ©rer sur le travail naturel du corps, en toute confiance dans un certain abandon.

Au fil des mois et des annĂ©es, j’ai admis qu’enfanter, aux quatre coins du monde, reste un moment difficile, souvent subi, empreint de cris et de douleur, voire de souffrance si l’on ne l’admet pas. Que l’accouchement en douceur entourĂ© de quelques personnes choisies est le fruit d’une dĂ©marche rĂ©flĂ©chie et d’un hĂ©ritage culturel encore frais et confidentiel.

Mais ne confondons pas Douleur et Souffrance.

Quand la seconde laisse une trace indĂ©lĂ©bile, la premiĂšre elle, s’évanouit Ă  l’instant mĂȘme oĂč l’enfant apparaĂźt : n’est-ce pas lĂ  sa fonction ? Associer l’image de l’enfant Ă  un soulagement indicible ? 

Il ne s’agit pas ici d’imposer la naissance physiologique comme la seule bonne maniĂšre de mettre au monde son bĂ©bĂ©. Si l’accouchement doit ĂȘtre synonyme de souffrance, mieux vaut s’en remettre aux spĂ©cialistes et s’épargner cette guerre. Epargner au bĂ©bĂ© et Ă  sa mĂšre que ce jour reste synonyme de traumatisme. 

Mais l’alternative Ă  la mĂ©dicalisation existe et est possible dans la grande majoritĂ© des cas. Elle concerne toutes les femmes dont la grossesse est vĂ©cue comme naturelle, ne prĂ©sente pas de difficultĂ©s ni de contre-indications Ă  un enfantement par voie basse.

C’est Ă  toutes ces femmes que le film s’adresse, afin qu’elles prennent le temps de se demander si elles sont prĂȘtes Ă  devenir mĂšre avant que leur enfant ne soit nĂ©. Si elles sont prĂȘtes Ă  laisser leur corps travailler, leur enfant s’exprimer et Ă  surmonter cette douleur sans en faire une souffrance. A envisager ce passage de leur vie comme un rite initiatique dont elles sortiront plus fortes, plus femmes et plus mĂšres.

Et si tout cela ne fait pas Ă©cho, ce bĂ©bĂ© qui arrive n’a-t-il pas droit de naĂźtre comme son instinct le lui dicte ? Car lui est encore un mammifĂšre ; de sa naissance au langage, il traversera les millĂ©naires.

Un film d’investigation

C’Ă©tait en avril 2020. Nous sortions tout juste de la clinique BrĂ©tĂ©chĂ© ou nous avions tournĂ© officiellement pour un film sur le protocole sanitaire (Ce qui deviendra « Merci le pangolin »
La réalité était plus sportive : je comptais mettre cette occasion à profit pour « Faut pas pousser! ».
La fin du tournage fut musclĂ©e. J’avais jouĂ© le tout pour le tout et interrogĂ© les soignants sur les effets secondaires de la pĂ©ridurale et sur l’absurditĂ© de la position obstĂ©tricale.
Ma cameraman me demanda :
« Pourquoi es tu si agressive ? ça n’en vaut pas la peine … tu ne fais pas un film d’investigation, n’est-ce pas ?
– Si ! mille fois SI !!! Je veux les faire se prendre les pieds dans le tapis lorsqu’ils nous parlent de la position ; je veux qu’ils soient coincĂ©s et qu’on les voit mentir effrontĂ©ment lorsqu’ils soutiennent que la pĂ©ridurale est un geste parfaitement anodin ! Je veux que l’on comprenne que les femmes sans pĂ©ri leur compliquent la vie et qu’ils n’ont pas envie de s’embĂȘter. Je tiens Ă  montrer que les cliniques sont des entreprises. »

Oui, « Faut pas pousser! » est un film d’investigation. Et c’est pour cette raison que sa gestation est longue, que son tournage est difficile Ă  caler, que le montage prendra 8 semaines.
Et c’est pour cela qu’il jouera un rĂŽle dans l’avenir de la prise en charge de la naissance en France. Je ferai tout pour ça.

Extraits de l’enquĂȘte sur le thĂšme de la pĂ©ridurale
Le conditionnement culturel et l’incomprĂ©hension de la physiologie de la naissance